C'est souvent la première question qu'on se pose en se lançant en indépendant : portage salarial ou micro-entreprise ? Les deux permettent de travailler à son compte, mais ils s'adressent à des profils très différents. La micro-entreprise donne plus en revenu net, le portage salarial donne plus en protection sociale. Le choix dépend de votre niveau de CA, de votre besoin de sécurité et de votre tolérance à l'administratif.
La différence fondamentale entre les deux statuts
En micro-entreprise, vous êtes votre propre patron : vous facturez directement vos clients, vous gérez votre comptabilité (simplifiée) et vous payez des charges calculées sur votre chiffre d'affaires brut. C'est le statut le plus répandu en France avec plus de 3 millions de micro-entrepreneurs actifs en 2026.
En portage salarial, vous restez techniquement un salarié : vous trouvez vos missions et négociez vos tarifs, mais c'est la société de portage qui facture vos clients en votre nom. Elle vous reverse ensuite un salaire après avoir prélevé ses frais de gestion et les charges sociales. Vous avez ainsi la liberté du freelance avec le bulletin de paie du salarié.
Les charges : l'écart est massif
C'est le point où la différence est la plus visible. En micro-entreprise, les cotisations sociales représentent environ 21,2 % du CA pour les prestations de services BIC, et 25,6 % pour les professions libérales (BNC) à partir de juillet 2026 après la hausse budgétaire. En portage salarial, la société prélève entre 5 et 10 % de frais de gestion sur votre CA, auxquels s'ajoutent les charges salariales et patronales classiques d'environ 45 %. Au total, le portage salarial coûte entre 45 et 55 % de charges contre 21 à 26 % en micro-entreprise.
Sur un exemple concret à 3 000 € facturés dans le mois, la différence est frappante : vous touchez environ 1 000 € net en portage contre 2 340 € net en micro-entreprise. L'écart est réel et significatif, mais il ne justifie pas de choisir la micro-entreprise dans tous les cas — la protection sociale incluse dans le portage a une vraie valeur financière.
La protection sociale : l'avantage décisif du portage
Le portage salarial donne accès au régime général de la Sécurité sociale : assurance chômage (ARE), retraite complémentaire cadre, mutuelle obligatoire et indemnités journalières maladie dans les mêmes conditions qu'un salarié. C'est souvent le seul statut parmi les options indépendantes qui ouvre réellement des droits au chômage.
En micro-entreprise, vous n'avez pas droit à l'assurance chômage. Votre retraite est calculée sur des bases plus faibles, et votre couverture maladie dépend du régime des indépendants (SSI), moins favorable que le régime général. Si vous avez un crédit immobilier, des charges fixes importantes ou une famille à charge, cette absence de filet de sécurité est un vrai risque à peser dans la balance.
Le plafond de la micro-entreprise : un frein concret
La micro-entreprise impose un plafond de chiffre d'affaires à 77 700 € par an pour les prestations de services en 2026. Au-delà, vous devez basculer vers un autre régime (SASU, EURL). Ce plafond peut sembler lointain en début d'activité, mais un consultant à 400 €/jour facturant 15 jours par mois atteint 72 000 € de CA annuel — très proche de la limite.
Le portage salarial n'a pas de plafond de ce type, ce qui en fait une option plus adaptée aux profils à TJM élevé qui veulent éviter la complexité d'une société (comptabilité, assemblée générale, dépôt des comptes).
La charge administrative : micro-entreprise imbattable
Sur ce point, la micro-entreprise l'emporte nettement. Une déclaration mensuelle ou trimestrielle de CA à l'URSSAF, et c'est à peu près tout. Comptez 20 à 30 minutes par mois. Le portage salarial demande encore moins : un compte-rendu d'activité mensuel à envoyer à la société de portage, soit environ 10 minutes. La SASU, à titre de comparaison, nécessite un expert-comptable et 2 à 5 jours de gestion par an (bilan, liasse fiscale, assemblée générale).
La règle simple pour choisir
La réponse dépend principalement de trois questions : Quel est votre niveau de CA prévisionnel ? Sous 50 000 € par an, la micro-entreprise donne systématiquement plus en revenu net avec une gestion quasi nulle. Au-dessus, le plafond devient contraignant. Avez-vous besoin de l'assurance chômage ? Si oui, le portage salarial est votre seule option parmi les statuts indépendants. Est-ce que vous voulez tester sans vous engager ? La micro-entreprise se crée en quelques jours gratuitement en ligne, le portage se teste mission par mission sans engagement long terme.
Le comparateur portage salarial du Registre permet de simuler votre revenu net selon votre TJM et votre volume d'activité pour différents niveaux de frais de gestion, et de le confronter à ce que vous toucheriez en micro-entreprise — pour mettre un chiffre concret derrière cette décision plutôt que de raisonner sur des pourcentages abstraits.